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chronologie non linéaire dans un roman

Qu’est-ce qu’une chronologie, ligne temporelle ou timeline, dans un roman?

Tu veux intégrer des retours en arrière ou des projections dans le futur dans ton roman (les auteurs utilisent volontiers les termes anglais de flashbacks et flash-forward) ?

Alors la chronologie de ton roman ne sera pas linéaire. Autrement dit, tu veux que plusieurs chronologies s’enchaînent ou coexistent dans ton livre.

Peut-être souhaites-tu présenter la vie des parents de ton héros, alors que celui-ci poursuit une quête l’année de ses 15 ans ?

Peut-être encore découvre-t-on un meurtre au tout début de ton roman et la suite du récit présentera les événements qui ont amené à ce meurtre, puis les événements après ce meurtre avec l’arrestation du criminel ?

Ces différentes « époques » que tu peux accumuler dans ton récit sont autant de lignes temporelles. Le séquençage des événements dans chaque ligne temporelle est une chronologie de ton roman.

On emploie aussi souvent le terme anglais de timeline.

Une timeline peut être ramassée sur un seule chapitre, faire l’objet de la moitié de ton roman ou encore s’intercaler avec une autre tout au long du roman. Il n’y a pas de règles concernant sa longueur ou là où elle se trouve dans ton roman.

Pourquoi utiliser plusieurs chronologies ?

Le recours à plusieurs lignes temporelles est un procédé stylistique.

Dois-tu multiplies les timelines dans ton récit ? Seul toi peut répondre à cette question.

Tu dois te poser la question du pourquoi. Comme beaucoup de procédé stylistique, il n’y a qu’une seule instance où il est malvenu de l’utiliser. A savoir quand on le fait pour « faire littéraire. »

Attention à ne pas avoir recours à un gadget narratif !

Ecrire plusieurs lignes temporelles est complexe, surtout quand tu les intercales, et tu dois le faire parce que cela a un sens pour ton intrigue.

Cela doit être essentiel à ta narration. Si tu ne le faisais pas, ta narration serait bancale.

Par contre, si ton intrigue se tient, qu’elle est déjà intéressante, rythmée, riche et compréhensible sans multiplier les chronologies, alors tu n’en as certainement pas vraiment besoin. Au contraire, cela risque de polluer ton intention narrative.

Voici les questions que tu dois te poser pour confirmer ton choix stylistique :

  • Pourquoi as-tu besoin de plusieurs lignes temporelles ?
  • A quoi vont-elles te servir ? En quoi vont-elles servir ton histoire ?

Si la réponse est « je ne suis pas trop sûr », inutile de sortir de la chronologie linéaire pour ton roman. Concentre-toi sur tes enjeux et tes personnages à une époque donnée.

Mais sinon, explore toutes les temporalités qui t’intéressent !

gérer les timelines d'un roman

Ne pas confondre temps du récit et ligne temporelle

Quand on parle de temps du récit, il est question du temps de conjugaison employé. Je te renvoie à notre épisode sur écrire au présent ou écrire au passé.

Est-ce qu’avoir plusieurs lignes temporelles influe sur le choix des temps du récit ?

Pas du tout.

Déjà, souviens-toi que ce n’est pas parce que tu parles d’événements qui se déroulent dans le passé que tu dois utiliser un temps du passé (tu peux très bien utiliser le présent alors que ton action se déroule en Grèce antique). Et ce n’est pas parce que tu décris des événements contemporains que tu ne peux pas utiliser un temps du passé.

De la même façon, tu pourrais tout à fait faire le choix d’écrire toutes tes lignes temporelles au même temps de conjugaison. Ou de varier les temps du récit entre chaque ligne temporelle.

Nous verrons qu’il y a tout de même une nuance à cette liberté de choix : celle de la clarté de lecture.

Si tu utilises le présent pour chacune des chronologies de ton roman par exemple, est-ce que le lecteur comprend facilement que l’on passe de l’une à l’autre ? Se repère-t-il facilement dans ton récit ? Ou alors veux-tu justement créer un peu de confusion ?

De même, en théorie il n’y a aucune règle sur le nombre maximum de lignes temporelles que tu peux juxtaposer dans ton récit. Pose-toi seulement la question de la clarté de la compréhension par ton lecteur.

Comment gérer ses timelines ?

Voyons ensemble les options possibles pour insérer une ou plusieurs autres lignes temporelles à ton récit.

Attention, il n’y a pas une façon de faire meilleure qu’une autre. Tu es maître de ton histoire et de la façon dont tu veux la raconter. Cela dépend uniquement du rendu que tu souhaites obtenir et de la complexité que tu es prêt à gérer.

Et parfois, tu ne sauras si tu as une bonne idée, si ta façon de gérer les timelines marche, seulement en testant !

Donne-toi toujours la permission d’essayer tes idées.

1. Alterner deux trames narratives (ou plus)

Une première façon d’avoir plusieurs lignes temporelles est de les alterner les unes après les autres, du début à la fin du récit. Cela marche particulièrement bien lorsque l’on se limite à deux timelines. Par exemple, comme suit :

2 chapitres à une époque contemporaine, puis 1 chapitre à une époque passée, puis 2 chapitres à une époque contemporaine, puis 2 chapitres à une époque passée, puis 3 chapitres à une époque contemporaine, etc.

Note qu’il n’y a aucune obligation à garder une symétrie dans l’enchaînement des timelines (du type 1 chapitre 1 timeline, ou 2 chapitres 1 timeline). Ton seul point de repère est toujours cette idée de clarté de lecture et de sens dans ta narration.

Ainsi, tu gères la montée du suspens, de la tension narrative et des enjeux de la même façon sur les deux timelines. Le lecteur suit deux petits romans en un seul. Et il sait qu’à un moment ces intrigues parallèles se rejoignent d’une façon ou d’une autre.

Ce choix stylistique est très efficace pour générer le suspens.

Le lecteur se demande comment ces deux espaces temps vont communiquer.

faire des flashbacks dans son roman

2. Juxtaposer les timelines en blocs narratifs

Plutôt que d’alterner des chapitres liés à des lignes temporelles différentes, tu peux faire le choix de consacrer une partie entière de ton roman à une même chronologie.

J’appelle ça fonctionner en blocs narratifs.

Par exemple, 10 chapitres au milieu de ton livre sont réservés à une seconde ligne temporelle. C’est comme une parenthèse dans ton récit. Une fois qu’elle est close, tu reprends le cours de la première ligne temporelle.

De même, tu pourrais fonctionner en trois parties : la première partie de ton roman couvre une timeline, la deuxième une autre timeline, et la troisième une dernière.

Comme ces timelines en blocs narratifs ne s’étalent pas sur la totalité du roman, il y a forcément une notion de résolution. Une fois que tu passes à une autre timeline (ou que tu reviens à la principale), tu quittes définitivement celle-ci.

Par conséquent, le recours à ces blocs narratifs ne sert pas à générer du suspens. Il te permet de densifier le mystère de ton intrigue principale.

Tu fais comprendre au lecteur que ce que vit le héros dans la chronologie principale de ton roman n’est que la pointe de l’iceberg. L’origine de son aventure est bien antérieure à ce qu’il vit dans la timeline principale.

De ce fait, ces flashbacks concentrés en une même partie permettent de donner de la puissance, de la profondeur à la narration.

3. La parenthèse narrative (ou quand tu as recours à cet outil ponctuellement)

De très nombreux récits insèrent une deuxième chronologie pour un seul chapitre du roman. J’ai nommé le prologue ou l’épilogue.

Le prologue, par exemple, peut décrire des événements qui se passeront bien plus tard dans l’histoire. En quelque sorte, c’est tout le récit qui est un flashback jusqu’à ce qu’on rattrape le moment où les événements du prologue se passent.

Il pourrait tout aussi décrire des événements qui se sont passés bien avant que le récit ne commence.

Il est commun pour les épilogues de faire une ellipse temporelle entre ce qui s’est passé dans le dernier chapitre et ce qui se passe dans l’épilogue. Par exemple, 20 ans plus tard.

Ce procédé de flash-forward est aussi très efficace pour susciter la curiosité du lecteur dans un incipit. Il veut savoir comment le personnage en est arrivé là !

Deux exemples contemporains

J’aime donner pour exemple le prologue du premier tome de Twilight qui est un cas d’école de ce procédé. L’héroïne se situe dans une temporalité qui est presque à la fin du roman. Elle est attaquée par un prédateur et pense qu’elle va mourir. Le lecteur est laissé en haleine pour savoir comment elle est arrivée dans cette situation et si elle va s’en sortir.

Ou, plus près de nous à LICARES, c’est l’artifice qu’a choisi Lucie Castel (publiée sous le nom d’Oren Miller) dans son roman de science-fiction Le Roi Sombre. Le prologue montre le personnage des mois plus tard par rapport au commencement de l’intrigue. Quant à son épilogue, il le projette encore plus loin dans le futur.

Le Roi sombre

4. La timeline secondaire qui se glisse dans un paragraphe

La dernière forme la plus commune pour rajouter une chronologie à ton roman est de la glisser au sein même d’un chapitre qui se déroule dans la ligne temporelle principale.

C’est à nouveau l’idée d’une parenthèse, mais cette fois encore plus ramassée et plus anecdotique puisqu’elle ne concerne pas un chapitre entier mais une scène.

Imagine que tu es au milieu d’un chapitre. Un personnage vient expliquer quelque chose qui s’est passé plus tôt.

  • Tu pourrais lui faire raconter ces événements dans un dialogue.
  • Mais tu peux tout aussi bien faire une incise où le lecteur assiste à la scène.

Tu fais comprendre à ton lecteur que tu le transportes dans une ligne temporelle passée alors qu’il est bien toujours dans un chapitre d’une timeline contemporaine.

Il ne s’agit pas d’un choix stylistique simple à exécuter ! Mais lorsque c’est réussi, cela ajoute beaucoup de dynamisme à ton histoire. C’est un procédé particulièrement intéressant dans les polars.

Comment mettre en scène tes différentes timelines ?

Ou comment indiquer que tu passes d’une époque à une autre ?

Faire plusieurs timelines dans son histoire

Quelle est ta stratégie de mise en scène ?

Parlons de ton intention narrative !

Quel effet veux-tu produire dans la tête du lecteur ? Quel jeu veux-tu entretenir avec lui ?

Souhaites-tu que le lecteur se repère très facilement et puisse tout de suite savoir dans quelle ligne temporelle il est plongé ? Ou veux-tu laisser planer le doute ?

Tu peux vouloir laisser le mystère s’installer, le doute plané sur : « mais quand est-ce que ça se passe ? »

Attention à trouver le bon équilibre cependant ! Si ton lecteur est complètement paumé, tu te mets en danger.

Même s’il règne de la confusion, il faut que le lecteur ait une impression de facilité de lecture dans l’énigme.

Si au contraire tu souhaites que le lecteur se repère aisément, tu peux lui faciliter la tâche en créant des balises de signalisation qui lui indiquent qu’il change de ligne temporelle.  

En voici deux exemples.

1. Choisir des temps de conjugaison différents pour chaque timeline :

Comme je te l’ai déjà dit, il n’y a pas de lien entre l’espace-temps que tu choisis pour ton récit et le temps de la conjugaison. Le choix du temps dépend de la connotation que tu veux donner à ton histoire.

Si tu veux que le lecteur se repère très facilement entre les lignes temporelles, notamment quand tu as imbriqué deux lignes qui s’étendent sur la totalité du récit, le plus simple est de varier les temps.

2. S’aider de titres et de sous-titres explicatifs :

Si tu fais plusieurs timelines en blocs narratifs, tu peux expliciter ce découpage de ton roman aussi dans son formatage. Pourquoi ne pas les appeler « Partie 1 », « Partie 2 », « Partie 3 », etc. Il s’agit d’une pratique fort commune qui permet au lecteur de se situer immédiatement dans le récit.

Pour les timelines imbriquées, où les chapitres s’alternent en changeant de ligne temporelle, tu peux tout à faire indiquer au lecteur la date à laquelle les événements du chapitre se déroulent. Tu peux l’inscrire en italique sous le titre du chapitre.

En conclusion, ose la multiplication des timelines pour peu que cela serve ton histoire. Il n’y a pas de règle ! Fixe le niveau de clarté que tu veux avoir envers ton lecteur puis fais des essais !

EPINGLE CET ARTCLE !

maîtriser le temps dans son récit

Les grands points de la conversation :

– Ne pas confondre chronologie et temps de conjugaison
– Quand une narration non linéaire se justifie
– Le lecteur doit-il se repérer facilement entre les chronologies
– Nommer ses différentes parties
– Blocs narratifs ou parenthèses

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